La Maison des Reines – Pat Barker

Je me suis lancée dans mon premier roman de Pat Barker pendant mes vacances, et pas n’importe lequel puisqu’il s’agit d’une réécriture d’une partie de L’Illiade. Depuis quelques années, les réécritures autour des grandes figures de la mythologie grecque fleurissent, mais je ne m’étais encore jamais vraiment laissée tenter. Lorsque j’ai découvert la quatrième de couverture de La Maison des Reines, j’ai pourtant eu envie de me laisser embarquer.

Et quelle belle surprise !

Je ne m’attendais pas à découvrir une écriture aussi fluide. Dès les premières pages, j’ai été immédiatement immergée dans l’histoire. En seulement quelques chapitres, je pouvais presque ressentir les relents de la guerre de Troie, la chaleur sur ma peau et la misère qui règne dans les camps de prisonniers. Car cette fois, l’histoire n’est pas racontée uniquement du point de vue des vainqueurs. Nous découvrons également celle des vaincus, de ces femmes qui ont tout perdu et qui deviennent les trophées d’une guerre qu’elles n’ont jamais choisie.

La prêtresse Cassandre est devenue la concubine du roi Agamemnon, mais nous sommes bien loin de noces heureuses. Cassandre n’est finalement rien de plus qu’un trophée de guerre aux yeux de son vainqueur. Et rappelons tout de même qu’Agamemnon est déjà marié… ce qui ne semble visiblement pas lui poser le moindre problème ! Accompagnée de sa suivante Ritsa, Cassandre doit quitter Troie pour rejoindre la Grèce et se présenter à Clytemnestre, l’épouse d’Agamemnon. Nous suivons cette traversée à travers les yeux de Ritsa, qui n’a elle non plus pas été épargnée par la guerre.

Elle doit composer avec les crises et les prédictions incessantes de sa maîtresse, qui annonce chaque jour leur mort prochaine, tout en essayant de survivre dans le monde de leurs geôliers. Heureusement, Ritsa possède un esprit particulièrement vif. Habituée aux maisonnées royales, elle sait observer, se faire discrète et surtout protéger ses intérêts. C’est un personnage auquel je me suis rapidement attachée, et j’ai beaucoup aimé suivre son regard sur les événements.

J’ai dévoré cette première partie en quelques heures et j’ai été agréablement surprise lorsque le récit nous offre ensuite le point de vue d’une autre femme : Clytemnestre.

La reine a dû sacrifier sa fille Iphigénie pour une guerre qui lui a également volé son époux pendant de longues années, avant de lui ramener une nouvelle rivale troyenne. Cette seconde partie est davantage tournée vers l’action : Agamemnon revient en héros, auréolé de sa victoire, mais les intrigues sont loin d’être terminées. C’est Clytemnestre qui a gouverné seule pendant toutes ces années. Son peuple va-t-il réellement accueillir son roi comme un héros ? Et surtout, quelle place reste-t-il à cette reine qui a dû apprendre à régner sans lui ?

Clytemnestre apparaît d’abord comme une dirigeante forte, une mère éplorée et une épouse qui aurait patiemment attendu le retour de son mari. Mais derrière cette façade se cache une toute autre vérité. Elle ne pardonnera jamais à Agamemnon le sacrifice de leur fille. Quant aux prédictions de Cassandre — celle que personne n’écoute —, elles finiront évidemment par se révéler exactes.

Même si nous connaissons déjà l’issue de cette histoire, Pat Barker parvient à nous tenir en haleine dès les premières pages. J’ai particulièrement apprécié cette alternance entre scènes d’action et moments plus introspectifs, qui permet de donner de la profondeur aux personnages et de mieux comprendre leurs motivations. Nous sommes évidemment très loin du style d’Homère, ce qui rend d’ailleurs l’expérience de lecture particulièrement accessible. La plume de l’autrice est fluide, moderne et nous permet de nous immerger rapidement dans l’intrigue sans avoir besoin de nous accrocher à une écriture plus complexe ou solennelle. Je me suis également attachée à chacun des personnages et j’ai suivi leurs destins avec beaucoup d’intérêt. Même en connaissant déjà la tragédie qui se profile, j’ai pris énormément de plaisir à les accompagner jusqu’au bout.

Ce fut donc une très belle découverte et une excellente lecture !

J’ai d’ailleurs été assez étonnée de découvrir certaines critiques, puisque ce roman semble être considéré comme l’un des moins appréciés de l’autrice. Finalement, c’est plutôt une bonne nouvelle pour moi : si La Maison des Reines est loin d’être son meilleur roman, alors j’ai certainement encore de très belles lectures à venir !

Une chose est sûre : je prendrai plaisir à découvrir les autres romans de Pat Barker.

Qu’en avez-vous pensé ?

Bonne lecture,

Judith

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